Nouvelles statistiques sur le lien entre l'augmentation des cancers et la pollution
Selon les dernières statistiques disponibles de 2005, on comptait près de 320 000 nouveaux cas annuels de cancers : 180 000 chez les hommes et 140 000 chez les femmes.
Depuis 1980, l'incidence ne cesse de progresser : + 35 % chez l'homme et + 43 % chez la femme. Mais cette hausse est évaluée sans prendre en compte l'augmentation de la population ni le vieillissement généralisé qui entraîne une hausse de l'incidence. Selon les auteurs de l?expertise collective ?Cancer et environnement? de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et de l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement (Afsset), rendue publique le 2 octobre dernier, les modifications de l'environnement liées aux agents chimiques, biologiques, etc. contenus dans l'atmosphère, les sols ou l'alimentation pourraient être partiellement responsables de cette hausse. Cependant, ces facteurs ne prennent pas en compte les effets liés à des comportements individuels (tabagisme par exemple). Les chercheurs de l'Inserm ont donc dressé, à partir de l'analyse de plus d'un millier d'études, une liste des facteurs environnementaux susceptibles de causer neuf cancers dont l'incidence a augmenté depuis une vingtaine d'années : sein, tyroïde, testicule, ovaire, prostate, poumon, mésothéliome (lié à l'amiante), hémopathies malignes et tumeurs cérébrales. Selon cette expertise collective, la pollution atmosphérique (d'origine automobile et industrielle) est un facteur, certes mineur comparé au tabac, mais qui pourrait néanmoins favoriser le cancer du poumon. Le tabac reste le principal facteur de risque (85 % des sujets atteints étant fumeurs ou anciens fumeurs). L'amiante joue de manière incontestable un rôle dans le développement de certains cancers bronchiques, en plus du mésothéliome et pourrait aussi avoir un effet néfaste sur le larynx. Mais, outre une exposition à l'amiante, celle au radon, au nickel, au tabagisme passif mais aussi aux fumées de diesel augmente d'une manière certaine les risques de contracter un cancer du poumon. Concernant les sujets les plus polémiques, comme l'influence des pesticides sur la prostate et le sein, et l'effet néfaste sur le cerveau des ondes des téléphones portables, les chercheurs appellent à des études complémentaires. Cependant, l'origine des cancers reste encore floue, et le débat reste vif entre les tenants des causes environnementales du cancer et ceux qui estiment que cela reste marginal. En effet, l'impact d'un facteur environnemental dépend à la fois de son lien (plus ou moins net) avec un cancer particulier et de la prévalence d'exposition de l'ensemble de la population. Ainsi, un facteur environnemental faible aura néanmoins un impact élevé si ce facteur est très répandu dans la population générale. À l'inverse, un facteur cancérogène, même très puissant, n'aura que peu d'impact si peu de personnes y sont exposées. Dans ce contexte d'incertitude, et le manque de données fiables, l'Inserm suggère des recommandations de bon sens, comme le développement de bases épidémiologiques ainsi qu'un effort sur la recherche toxicologique. Noémie Legendre
Étude disponible sur le site de l'Inserm : http://www.inserm.fr
Noémie Legendre | 06-10-2008
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